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Deux mois de voyage à travers le Canada

Deux mois de voyage à travers le Canada

Cet été, je suis parti pour un roadtrip de 2 mois au départ de l’île de Montréal jusqu’à l’île de Vancouver sur les rives de l’océan Pacifique. L’idée était de suivre la transcanadienne avec notre minivan aménagé en camper, en empruntant une kyrielle de détours pour découvrir quelques-uns des plus beaux paysages du pays. 

 

Après un peu plus de 14 000 km au compteur, 330 km de randonnée, 9 parcs nationaux et 16 parcs provinciaux, une chose est sûre : le Canada regorge de magnifiques paysages. Ce que j’ai découvert surtout, c’est la riche variété des panoramas qui se profilent en traversant le pays. Des rives des grands lacs en Ontario, où le roadtrip à commencé fin juin, aux magnifiques montagnes de l’Ouest, en passant par les étonnantes prairies des provinces centrales, ces 8 semaines de voyage ont été un dépaysement au quotidien. 

  


L’Ontario, sur les rives de la Baie Georgienne et du Lac Supérieur
Nous avons passé deux fois 5 jours en Ontario, à chaque fois pour découvrir les paysages du plus grand des grands Lacs : le lac Supérieur, ainsi que la baie Georgienne, considérée souvent comme le 6e des 5 Grands Lacs.
Le séjour commence donc avec les eaux translucides de la péninsule Bruce, où les escarpements rocheux dominent une mer intérieure digne des Caraïbes. Le bleu turquoise et pourtant glacial fascine en parcourant les quelques sentiers de la région, d’autant qu’ils donnent le vertige lorsque l’on contemple les plages de galets paradisiaques depuis les hauteurs. Avec le soleil, tout semble scintiller lorsque l’on s’approche de l’eau. Ces quelques jours sur la péninsule enchantent et laissent rêveur.

 

Presque deux mois plus tard, c’est la rive Est de la baie Georgienne qui clôture notre voyage. Les parcs provinciaux de Killarney et de Killbear nous poussent à la flânerie. Une flânerie faite de baignades et de longs couchers de soleil. Le paysage diffère toutefois de la péninsule : les roches sont rosées et non grises, moins escarpées aussi avec une multitude d’îles et de petites baies. Cela impressionne moins aux premiers coup d’oeil, le charme opère dans le silence du vent qui vient sculpter les arbres osant se tenir sur le rivage. C’est apaisant, parfait pour terminer le roadtrip sans se presser.

 

Pour rejoindre l’autre côté du continent, il est presque impossible de ne pas longer le Lac Supérieur. Ses rives défilent à l’aller comme au retour avec une brume presque constante, parfois pour le pire, parfois pour le meilleur. Ce lac est tellement immense qu’il crée son propre climat, nous offrant quelques moments de grâce lorsque la brume se retire pour enfin révéler toute la beauté de ce littoral. 
Au Sleeping Giant Provincial Park, alors que l’on se tient sur les plus hautes falaises de l’Ontario, le brouillard s’estompe progressivement, laissant entrevoir toute la verticalité du paysage et du même coup une sensation de vertige. 

 

Plusieurs fois, alors que l’on s’installe avec le minivan pour passer la nuit, le coucher de soleil s’annonce gris et sans saveur avec un couvert de nuages. Pourtant, à la surprise générale, il se révèle coloré et absolument envoûtant. La météo du lac Supérieur reste bien mystérieuse après ces quelques explorations en juin puis en août. Et c’est parfait ainsi!


Les trésors cachés des prairies 
Traverser le pays implique de rouler des heures sur les interminables lignes droites des provinces du centre du Canada. Le décor est simple : des plaines agricoles à perte de vue, parfois agrémentées de puits de pétrole, et un ciel qui semble immense au dessus d’un vaste horizon. Dans cette apparente monotonie se cachent quelques belles surprises, si on prend le temps de s’arrêter. 

  

Un premier détour lors du trajet vers l’Ouest nous mène au Grassland National Park en Saskatchewan. L’objectif principal : y observer les bisons des plaines qui peuplent ce parc depuis leur réintroduction en 2005. La chance nous sourit pendant les dernières heures de notre visite. Alors que l’on quitte le cœur du parc pour une dernière randonnée sous une chaleur déjà écrasante au petit matin, on a la chance de pouvoir observer longuement deux bisons qui se nourrissent sur le bord de la route. Cet animal est tellement imposant, fascinant avec sa carrure immense et la puissance qu’il dégage juste en marchant à quelques mètres de notre minivan!   
Les paysages de ce parc national sont aussi remarquables. Les collines arides prennent tout leur éclat avec un soleil bas et rasant. C’est aussi à ce moment que la faune se montre : coyote, antilopes d’Amérique, chiens de prairies, etc. Nos moments dans ce parc national restent comme un véritable dépaysement.

  

Sur la route du retour, c’est en Alberta que l’on choisi de s’arrêter pour découvrir une autre facette des prairies : les Badlands. On explore d’abord les alentours de Drumheller, où siègent deux canyons imposants faits de ravines profondes, étroites et sinueuses. En arrivant au Horsethief Canyon, un orage et sa pluie torrentielle nous assiègent comme pour nous indiquer comment se sont créés ces paysages au fil du temps. Pourtant, la lumière du petit matin contraste avec les ambiances sombres de la veille. Avec douceur elle se dépose sur les immenses monticules argileux pour révéler toute la splendeur de ces reliefs désertiques.

 

Les Badlands, territoire en constante érosion, sont absolument fascinants pour les formes incroyables que l’on peut y trouver, notamment les cheminées des fées. On en découvre quelques-unes plus tard sur un autre site alors que la lumière commence à devenir écrasante, tout comme la chaleur ; puis d’autres plus discrètes au Dinosaur Provincial Park.
Dans ce parc provincial, on randonne au cœur même de monticules argileux, se laissant simplement guider par la beauté des lieux. Je reste absorbé par les ambiances lunaires qui se cachent dans cette immensité désertique : la couleur, les formes, la solitude.

 

On se sent complètement dépaysés à arpenter ce territoire surprenant. Loin de l’image d’Épinal du Canada, les paysages des Badlands démontrent à eux seuls toute la diversité géologique qu’il est possible de découvrir dans cet immense pays, associé davantage aux montagnes ou aux forêts boréales. Explorer cette région méconnue reste comme une des plus belles surprises du roadtrip.


Retrouver les fabuleuses Rocheuses Canadiennes
Revenir dans les Rocheuses lors du roadtrip, c’est comme retrouver un visage familier. Des souvenirs dans ce vaste territoire montagneux j’en ai des tonnes, provenant de 2 précédents voyages. Et forcément, d’autres magnifiques moments sont venus s’imprimer dans ma mémoire cette fois encore, surtout lors de notre premier passage au début de l’été. 

 

Dans les Kananaskis, au Sud de Canmore, le choix de randonnées semblent infini. Si bien qu’alors que la canicule frappe l’Ouest Canadien, on choisi de randonner sur des sentiers courts en les commençant au petit matin pour fuir la chaleur. Sur les crêtes exposées, les paysages regorgent de sommets. Ces panoramas me fascinent toujours, puisqu’ils nous rendent minuscules, et humbles face à ces géants stoïques. 
Sur les rives des Kananaskis Lakes, on retrouve la sérénité que l’on avait laissée en juillet 2019, et surtout l’émerveillement quand le soleil couchant vient sublimer ces paysages que l’on connait maintenant parfaitement. Je ne me lasserai jamais de la beauté de ces lieux.  

 

A l’aller, nous sommes restés seulement 5 jours dans les Rocheuses. Nous devions rester 2 semaines lors du trajet retour au début du mois d’août, mais nous avons choisi d’écourter notre passage. Les fumées des feux de forêts qui sévissent un peu partout dans la province voisine recouvrent le ciel d’un voile parfois très opaque, si bien que les montagnes semblent s’effacer. Dans ces conditions, le moral est affecté par la frustration d’être dans un si bel environnement mais de ne pas pouvoir en profiter pleinement. 

 

Nous avons quand même randonné sur quelques sentiers lors des journées les plus dégagées, mais nous avons du faire une croix sur plein d’autres. Le plus souvent, nous regardions ces paysages avec amertume. On se rattrapera donc sur un prochain voyage, puisque ce territoire m’inspire toujours autant.


La Colombie-Britannique, entre montagnes et océan
La plus longue partie du voyage, c’est en Colombie-Britannique que nous l’avons passée, une province que l’on n’avait pas encore explorée, si ce n’est les parcs nationaux en bordure de l’Alberta. Et pourtant des paysages incroyables en Colombie-Britannique, il y en a et pas qu’un peu!

 

L’exploration commence avec 2 parcs nationaux : Glacier National Park et son voisin, Mount Revelstoke National Park. Dans le premier, les paysages en forme de V impressionnent par leur grandeur. Les vallées semblent terriblement encaissées, les dénivelés des sentiers sont toujours importants, les glaciers d’altitude eux sont omniprésents. Le parc national des Glaciers est tellement perché en altitude que la plupart des sentiers ont encore un couvert de neige début juillet. Malheureusement, sur le trajet retour en repartant vers l’Est fin juillet, le ciel enfumé nous aura privés de magnifiques points de vue dans ce parc national. 
Au Mount Revelstoke National Park, les panoramas faits de lacs alpins et d’immenses conifères sont des plus agréables lors de notre sortie. On se plait à contempler ces paysages plein de quiétude avant de s’installer au bord du réservoir, où le temps semble s’arrêter.

 

Le passage par la vallée de l’Okanagan pour rejoindre l’Ouest de la province est marquant, autant à l’aller qu’au retour puisque c’est là que se jouent principalement les feux de forêts qui ont fait les manchettes au pays. On a d’ailleurs pu observer depuis la route des zones boisées partir en fumée. Une expérience troublante, expression des dérèglements climatiques qui seront de plus en plus présents dans nos quotidiens.

 

Heureusement, dans la partie plus côtière de la province, le ciel est dégagé, ce qui nous laisse le loisir d’explorer. Un classique pour commencer : Joffre Lakes Provincial Park, avec ses 3 lacs aux eaux turquoises dont il faut remonter progressivement jusqu’à la source, à savoir le glacier trônant sur Mount Joffre. Toute la splendeur du parc se retrouve au second lac : une eau au bleu incroyable, un magnifique sommet enneigé en arrière-plan, et un large tronc flottant sur lequel il est possible de marcher. Ce décor est un condensé de ce qui représente le mieux le Canada. Malheureusement, autant au coucher qu’au lever du soleil, les nuages sont venus assombrir le ciel, reste que ce paysage est magnifique même avec une lumière verticale.

 

La vue la plus saisissante du voyage est incontestablement celle de Panorama Ridge au Garibaldi Provincial Park, un immense parc alpin situé dans l’arrière-pays de Squamish et Whislter. En arrivant sur la crête exposée, on déboule sur une vue à couper le souffle de Garibaldi Lake et son bleu intense, avec au fond le mont Garibaldi qui trône autour d’autres sommets et d’importants glaciers. Le ciel est d’abord couvert, les nuages restent aimantés par les glaciers et l’immense lac. Je désespère, mais la patience porte fruit, puisque cela se dégage progressivement sous impulsion du vent féroce. D’abord pour illuminer l’eau turquoise du lac Garibaldi, puis à mesure que le soleil s’aligne sur l’horizon pour embraser la ligne de sommets. Les montagnes scintillent, le mont Garibaldi absorbe toute la lumière dorée. Sphinx Glacier reste encore emprisonnés dans les nuages, mais cela reste magnifique avec la brillance du coucher de soleil qui s’y reflète. On sera restés 5 heures au total au sommet, et les derniers instants furent de loin les plus beaux du voyage : un temps suspendu à contempler la beauté brute de la nature. 

 

Dans ce parc provincial, on a continué les explorations avec d’autres randonnées, nous y avons d’ailleurs campé pour pouvoir profiter pleinement des sentiers. On découvre alors des magnifiques prairies couvertes de fleurs sauvages, des sommets volcaniques étonnants, et quelques lacs alpins nichés dans un environnement magnifique. Le plus gros coup du cœur de ces deux mois d’aventure. 

 

Dans le même secteur, on se trouve sur l’iconique Sea to Sky Highway, un corridor qui longe la baie de Howe entre Vancouver et Squamish, un territoire littéralement entre mer et montagnes. On alterne ainsi entre des moments au bord de l’eau et d’autres en altitude. Le mieux est de pouvoir combiner les deux, comme au Murrin Provincial Park d’où l’on peut jouir de vues incroyables sur la baie et sa couleur pastel surprenante. Au Stawamus Chief Provincial Park, on prend encore plus de verticalité ; et à Lion’s Bay le panorama s’ouvre complètement sur le large, laissant le regard se perdre dans le chapelet d’îles qui habitent la baie. Ce paysage apaise alors que le moindre relief absorbe toute la douceur des rayons dorées du soleil couchant avec volupté. 

 

En prenant le ferry du continent vers l’île de Vancouver, on sait que le voyage arrive à son point le plus à l’Ouest, et que l’on va se trouver les pieds dans l’eau de l’océan Pacifique. Il y a tellement à explorer sur cette immense île, on a toutefois choisi de se concentrer sur le littoral Ouest pour respirer l’air iodé.
On passe ainsi plusieurs jours au Juan de Fuca Provincial Park et ses plages rugueuses forgées par la vagues. Les ambiances sont principalement brumeuses pendant nos balades, surtout lorsque l’on part camper sur une plage à quelques mètres des puissantes et bruyantes vagues qui se fracassent sur les galets. On explore des plages avec des « tides pools » à marée basse, et ce qui impressionne aussi, ce sont ses arbres géants qui se dressent dans les forêts humides de ce pittoresque littoral. 

 

On poursuit ensuite cette étape entre Tofino et Ucluelet, principalement au Pacific Rim National Park Reserve. L’embrun habille les longues plages de sable, on se balade sur chacune d’elles, absorbés par l’océan. Le regard se perd aussi sur ces monts qui habillent l’horizon et sur ces îles que l’on distingue au large. Ici, les surfeurs font partie intégrante du paysage, un paysage enrobé dans une brume saline. 
À Ucluelet, les paysages apparaissent plus sauvages, tout comme lors de notre sortie sur l’eau pour observer la faune marine qui habite l’océan Pacifique. L’horizon est accidenté, âpre, mais si beau malgré les nuages persistants.
Heureusement toutefois, lors de la dernière soirée à Tofino, le soleil perce les nuages pour tout teinter de magenta et créer cette atmosphère magique d’un coucher de soleil au bord de l’océan. Moment parfait pour amorcer lentement le retour vers l’Est…

 

Difficile de résumer autant d’aventures dans un récit si condensé, et pourtant visiblement long. Ce voyage, c’était 56 jours de paysages magnifiques, et autant de moments gravés dans ma mémoire. Ce qui reste, c’est la beauté de la nature, parfois simple, parfois surprenante, parfois sinistre, parfois magistrale.